Najwa Barakat : ’’il faut créer un contre pouvoir”

L’AGENDA CULTUREL Le 30/09/11
http://www.agendaculturel.com/Najwa_Barakat_il_faut_creer_un_contre_pouvoir
 
Najwa Barakat : ’’il faut créer un contre pouvoir”

Le 14 octobre prochain, la romancière libanaise Najwa Barakat lance un nouvel atelier d’écriture ouvert à tous les jeunes écrivains du monde arabe. Cette session intensive d’une semaine, qui se tiendra au centre de ressources d’Assabil à Ras el Nabeh, comprendra des séances collectives d’écriture de roman, de pièces de théâtre et de scénarios. Rencontre avec cette révoltée, passionnée d’art, toujours en quête du ’’vrai de l’écriture’’ chez l’Autre.

Comment est né le projet d’un atelier d’écriture ?
J’ai créé ’L’atelier Comment écrire un roman ?’ dans la cadre de Beyrouth Capitale mondiale du livre 2009. L’idée était de lancer un projet comme je le rêvais : créer une maison qui accueillerait de jeunes auteurs, pas seulement libanais, mais des écrivains en herbe venus de tout le monde arabe, gratuitement. La première session s’est réalisée en 2009/2010. Pendant un an, j’ai créé un groupe avec trois libanais, une syrienne et un yéménite. On travaillait de manière individuelle, et quatre fois par an je les réunissais une semaine à Beyrouth. À la fin de la session d’un an, trois ont été publiés par de prestigieuses maisons d’éditions libanaises, et je continue à suivre les autres.

Pourquoi ne pas avoir continué une deuxième session sur an ?

J’ai lancé une seconde édition. Vu le succès de la première, j’ai choisi 12 personnes sur 174 candidatures. Selon la demande et les projets sélectionnés, j’ai ouvert l’atelier à l’écriture théâtrale et scénaristique en plus du roman. J’étais tellement confiante et optimiste, voire naïve de croire que les financements allaient tomber facilement ! D’autant que les sommes étaient dérisoires. Mais aujourd’hui, faute de moyens, cet atelier est suspendu. Alors je continue l’aventure sous une autre forme. Je me consacre à des ateliers d’écriture intensive d’une semaine, comme le prochain à venir dès le 14 octobre.

Qui dit rencontre collective, dit travail collectif ?
Non ce n’est pas une association dans laquelle je serais l’animatrice. Ce n’est pas un travail collectif. Je suis celle qui dirige, les candidats participent pour qu’au final chacun écrive son œuvre. Je ne fais pas un travail théorique, je travaille sur une matière vive, flaire s’il y a quelque chose à faire. Je suis là pour sortir de leur ventre leur vérité, les amener dans le vrai de l’écriture. L’avantage pour les participants, c’est qu’au lieu d’assister à une expérience d’écriture personnelle, ils assistent à plusieurs et découvrent d’autres mondes. C’est génial de réaliser combien on part de clichés, d’idées arrêtées sur l’Autre.

Pourquoi travailler seule ?

Je suis seule car je ne peux pas me permettre de ne pas payer un autre écrivain. C’est un atelier créatif qu’un écrivain mène. On est censé produire un livre au final, une œuvre publiable. C’est un travail très sérieux, méticuleux, de longue haleine, intime, ça relève de la création et de ses secrets. Cela ne veut pas dire que je suis la seule apte à faire ce genre de travail. Mais si j’élargis le cercle, ça demande un engagement sur un an en énergie et en temps. Je ne peux pas demander à quelqu’un d’autre de dépenser autant d’énergie bénévolement.

Dans votre parcours d’écrivaine, vous avez eu besoin de mettre votre travail personnel entre parenthèses en vous consacrant au travail des autres?
Lorsque j’ai créé le premier atelier d’un an, j’avais besoin d’une ouverture aux autres. Ça m’a empêché d’écrire mais j’étais emballée par l’idée de communiquer avec des gens talentueux ! C’était mon pari de toujours. Et puis je vivais une crise dans mon travail d’écrivaine. Ce n’était pas la crise de la page blanche mais je me demandais sans cesse : où est l’utilité de tout ce que je fais ? Par le biais des ateliers, j’ai découvert que je savais transmettre un savoir-faire, et que je devais le faire, comme un artisan qui sent que son art est en danger.

La culture au Liban est-elle en danger ?
La culture est devenue une affaire de publicité, de sponsoring. On fait actuellement de la culture des shows à l’américaine. Je ne dis pas que c’est mauvais, mais ça ne peut pas être que ça. Là où je désespère, c’est sur les moyens manquants, et non sur la capacité et la volonté de créer. Les pays arabes sont des pays riches. Le problème, c’est où va l’argent. Le Liban vit un temps de décadence réelle. Je ne reproche pas aux jeunes de ne pas lire, mais il n’y a pas une politique culturelle, il n’y a rien pour les amener à lire.

Votre démarche est vraiment à la marge !

Plutôt caduque, déphasée. C’est une lutte contre des moulins à vent. Il faut des aventuriers et des aventures, des initiatives individuelles, créer un contre-pouvoir. Les révolutions arabes sont venues certifier un sentiment qu’on a tous, qu’il faut créer un espace de liberté, d’expression pour ces jeunes là, donner les moyens d’exister à une nouvelle génération. Mon idée est toujours de fonder une réelle structure d’écriture et d’échanges artistiques, avec le rêve que cela se multiplie ailleurs. Sait-on jamais, gardons espoir !

Propos recueillis par Sophia Marchesin


A savoir
Pour participer ou s’informer :
consultez le site  de Mohtarafat Najwa Barakat
ou adressez un mail à mohtarafat@hotmail.comou najwa@free.fr 
 
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